Imprimer cette page

Avant Première du Film Rue Mandar

C'est ce dimanche 21 Avril 2013 au Cinéma Le Castillet à Perpignan que nous avons souhaité programmer une projection en avant première du Film d'Idit Cébula « Rue Mandar ». L'histoire se déroule ainsi : Emma (Sandrine Kiberlain) débarque d'Israël à la dernière minute pour l'enterrement de sa mère. Son frère Charles (Richard Berry) lui demande si elle a pris un vol... «au low coast». Leur sœur Rosemonde (Emmanuelle Devos) se trouve mal en arrivant au cimetière, on l'assied et on la couvre d'un sac plastique de poubelle, un truc d'Emma contre la spasmophilie. Le rabbin a beaucoup de mal à faire respecter le rituel funéraire juif au milieu de cette remuante famille visiblement pas très au courant des traditions. Tourner autour du cercueil (mais dans quel sens?) ou manger des œufs durs au lieu des bons plats réservés aux invités, tout cela les dépasse un peu. D'autant qu'en se retrouvant, frère, sœurs, conjoints et enfants ont repris chamailleries et taquineries qui sont la véritable tradition familiale. Rue Mandar est le second film d'Idit Cébula. Longtemps actrice, elle est passée à la réalisation en 2006 avec Deux vies plus une: elle y interprétait une quadragénaire qui décidait de bousculer sa vie quotidienne pour réaliser ses rêves. Emmanuelle Devos, Michel Jonasz et Jackie Berroyer étaient déjà de l'aventure. Idit Cébula aime la chaleur des bandes d'amis et du cocon familial, mi-protecteur mi-aliénant, qui entortille ses fils sentimentaux autour des anecdotes de la vie ordinaire. Elle cuisine l'intime, mélangeant les fous rires et les larmes secrètes, la tendresse et l'exaspération.
Rue Mandar se joue sur ce mode de lyrisme familier. Comédie du deuil, le film chahute la tristesse et l'absence en remplissant le vide laissé par la mère par un débordement de péripéties pittoresques ou dépressives. Les couples de Charles et de Rosemonde vacillent sous le choc. Emma, qui est du genre expéditif, veut tout régler avant de repartir pour Israël. Étouffant, mais attachantElle improvise un vide-greniers sur le trottoir de la rue Mandar, au pied de l'appartement maternel qu'elle met aussitôt en vente, à l'affolement de ses frères et sœur. Sandrine Kiberlain donne au personnage une fantaisie à la pointe sèche, irrésistible. Sa grâce coupante, subtilement vulnérable, agit sur le spectateur comme sur le jeune acquéreur de l'appartement, qui tombe sous son charme. Le film court d'un lieu à l'autre, zigzague entre les histoires du passé et les complications d'aujourd'hui dans un désordre de déménagement et de souvenirs. Autant dire que c'est assez encombré, parfois caricatural ou un brin artificiel, comme le repas de fête aux prières constamment interrompues ou les distractions de Rosemonde, psychanalyste au bord de la dépression. Quand Richard Berry, excellent en sentimental introverti, se met à bouleverser son propre appartement et à tout refaire avec une équipe de Polonais, au grand dam de sa femme, on se dit que la réalisatrice en fait trop. Il paraît que l'anecdote est vraie, preuve que le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. Rue Mandar cultive ce côté brouillon pour diluer la tristesse dans le folklore familial juif. C'est un peu étouffant, mais attachant. Et la dernière scène où la mère s'éloigne dans la rue, est bien jolie. Nous remercions du fond du cœur Idit Cébula pour être venue nous présenté son Film très agréable, une comédie qui fait du bien.

Media